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Maman pluriculturelle

“Alternatif Anne” peut se traduire directement comme “Maman Alternative”. Tout comme la “musique alternative”, elle est là pour parler des faces A et des faces B...
“Betty Ween”, qui se lit “between”, c’était mon pseudonyme

La chanteuse israélo-américaine Noa était sur la scène du festival Couleur Café. J’étais dans l’audience et je savourais ses premiers moments sur la scène internationale. En tant que musicienne en herbe, je sentais entre elle et moi quelque chose de commun, sans pouvoir dire quoi. Puis, entre deux chansons, elle dit: “Je suis née à Tel-Aviv, j’ai des racines yéménites mais j’ai grandi à New York. Ce sont deux mondes très différents mais j’ai dans mon cœur –elle haussa la voix, tapota de sa main son cœur- assez de place pour toutes les différences!” Noa a été applaudie.  Je suis restée muette.

Trois années après, à 26 ans, j’ai fait un grand pas. J’ai quitté le pays que j’habitais depuis mes 10 ans pour rejoindre celui que je rêvais de retrouver. Ne parvenant plus à me concevoir un futur épanoui, j’ai laissé ma vie calme et monotone pour aller vers l’aventure. J’ai ainsi éliminé l’idée du train-train métro-boulot-dodo qui tuait mon âme pour un quotidien d’improvisation qui allait nourrir ma musique et ma plume. Ainsi, j’ai fait mes adieux aux nuages gris de Bruxelles pour l’accueil ensoleillé d’Istanbul…

Choc de culture (bis)

Faire ce grand pas avait demandé beaucoup de courage. Changer de pays, c’est d’abord s’éloigner de ses proches. Noa vivait-elle donc sur un nuage de star? Ma première expérience de migration à 10 ans –le déménagement à Bruxelles- me l’avait apprise: Les gens continuent leur vie en vous remplaçant tôt ou tard par d’autres.
Mais changer de pays, c’est surtout vivre un choc culturel. Savez-vous seulement ce que cela signifie? C’est réaliser que toutes les manières que vous aviez apprises jusqu’à ce jour, eh bien, ils ne seront plus valables! C’est presqu’aussi choquant que de réaliser que la pesanteur dans votre nouvel environnement est aussi faible que sur la lune: Toutes vos habitudes –la langue, le climat, l’idée que vous avez de la convivialité, de la gentillesse, les habitudes hygiéniques, les heures de dîner, la nourriture, les relations maître-élève, les relations patron-employé, les relations amicales et tant d’autres choses- vont changer.

Deuxieme livre: “La Carte de la Maternité”

Demi-portion

Les différences culturelles sont devenues mon sujet d’intérêt principal. En profondeur, j’en connais deux, de cultures. Mais si je suis confortable dans certains traits de l’une, je suis toute aussi insécurisée dans les autres.
Je n’ai donc pas dans mon cœur, comme Noa, de la place pour toutes les cultures du monde! Sans vouloir offenser personne, j’ai l’esprit critique. Ma double nationalité représente non pas un cœur ouvert à tout mais bien les deux demi-personnes que je suis: Moitié Belge et moitié Turque, sans faire partie de l’une ou l’autre dans la totalité.

Il est difficile de se rendre compte de ses propres différences culturelles dans la vie quotidienne. Mes amis Turcs me trouvent différente. Un peu bizarre. Parfois masculine. De temps à autre, grossière. Mais surtout, étrangère.

Je doute que l’on me trouve toute aussi “étrangère” en Belgique: A Bruxelles, c’était plutôt moi qui trouvais mes camarades distants et pas assez ouverts. Je comprends aujourd’hui que c’est la seule manière d’être qu’ils connaissaient, tout simplement.

Bien au-delà des clichés

Beaucoup de choses ont changé en moi depuis que je suis rentrée en Turquie. J’ai réalisé que mon sentiment de demi-étrangeté subsistait dans toutes les géographies. J’ai réussi ma vie ici dans le sens où elle n’est pas devenue un train-train métro-boulot-dodo. Je me suis mariée, eu deux enfants et je vis dans un appartement assez large pour quatre, un quartier calme où les parcs et les lieux de promenade ne manquent pas. Nous passons de belles vacances aux côtes égéennes chaque été et dans mon quotidien, je ne me sens jamais seule.

… mais de plus en plus cliché

D’autre part, beaucoup de choses ont aussi changé en Turquie depuis ma rentrée: Ma petite vie de famille paisible semble maintenant protégée par un dôme qu’on pourrait nous enlever. Des mauvaises nouvelles déferlent chaque jour: Wikipedia bloqué, émissions interdites, fonctionnaires congédiés, journalistes arrêtés…

Au Festival de Cannes en 2008, le réalisateur Nuri Bilge Ceylan avait dédicacé son prix à son “si solitaire et si ravissant pays”. C’est la meilleure description que j’aie entendue de la Turquie: Elle est si excitante à vivre mais si condamnée aux troubles par sa simple situation géographique, comptant un peu pour l’Est, un peu pour l’Ouest…

La maternité: Le pont entre mes deux moitiés

Lorsque je suis devenue mère, mes différences culturelles ont enfin cessé de se battre entre elles pour s’occuper de mes petits!

La maman Turque, par ses fameuses et excessives démonstrations d’amour, de protection et d’inquiétude vient à l’encontre de la maman Occidentale qui éprouve plus de difficultés à se connecter à ses instincts. En revanche, la maman Occidentale refuse de fusionner avec son enfant, arrivant à faire la part des choses et à prendre une position lorsqu’il s’agît d’instaurer la discipline.

Si Noa cohabite avec ses deux cultures, moi, je veux combiner le meilleur des deux pour cette noble tâche qui est d’éduquer les enfants. Un arrangement pour le meilleur reste donc possible…

Le nom du site web dont je suis éditrice, “Alternatif Anne”, peut se traduire directement comme “Maman Alternative”. Tout comme la “musique alternative”, elle est là pour parler des combinaisons et des décombinaisons, des faces A et des faces B, des plans B et des plans C, afin que l’on comprenne qu’on a des choix, et parfois que ce qu’on croit être un choix ne l’est pas…

A suivre…

Gülüş Türkmen

Yazar, müzisyen, iletişim danışmanı.
www.gulusturkmen.com

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