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Garder l’enfant au chaud: Une affaire d’état

La maman turque obsédée de couvrir son enfant a inspiré le caricaturiste Selcuk Erdem

Miroir, miroir, dis-moi qui de tous les mamans est la plus maman?
La mère turque pourrait détenir la médaille d’or de la garde d’enfants. Mais de là à dire que c’est pour son bien et celui de l’enfant, il y a un pas…
Bien que toutes les mères du monde aient les mêmes instincts de base, les caractéristiques de la maman turque me semblent bien plus marquées. Mon pari est qu’au fur et à mesure que vous lirez mon blog, vous serez en mesure de la reconnaître lorsqu’elle viendra accompagner son enfant dans un parc de jeux…

Spécificité numéro un de la maman turque: Elle couvre son enfant.
Spécificité numéro deux: Elle couvre son enfant.
Spécificité numéro trois: Elle couvre son enfant. Beh oui, il reste un petit trou d’air, là!

Cinq jours après la naissance de mon fils, à Istanbul, nous nous préparions pour notre première sortie en promenade. Ma mère m’accompagnait et nous avions, à deux, pensé à tout ce dont on pourrait avoir besoin: Le bébé, la poussette, mon sac à main, le sac du bébé -par méfiance, je l’avais rempli de tous les vêtements de change et de produits imaginables. A peine étions-nous parvenues à ouvrir la porte de l’immeuble qu’une passante âgée dans la rue, regardant le nouveau-né que je tenais dans mes bras, s’est exclamée:

Oh! Mais il est beaucoup trop petit pour sortir! Au moins, couvrez-le mieux, le pauvre!

Culotté, direz-vous? Qui est-elle pour se mêler de l’enfant de quelqu’un qu’elle n’a jamais vu avant!
Et pourtant, savez-vous qu’elle pense me rendre un service en intervenant ainsi? Bienvenue dans la culture de l’hiérarchie: Les vieux “sages” sont respectés, ils conseillent les jeunes, même ceux qu’ils ne connaissent pas. Et même si ceux-ci n’ont pas demandé leur avis.

Des interventions, j’en ai eues des centaines pendant que j’élevais mes deux enfants en Turquie. Ma belle-mère a voulu m’empêcher d’entrer dans la chambre de mon bébé (mon bébé) car elle ne voulait pas que je découvre qu’elle avait -une fois de plus- couvert l’enfant malgré ma demande de ne pas le faire (parce qu’il transpire) et qu’elle ne supportait pas de le voir dormir ainsi, “sans rien” (Pour info: Mon fils est né mi-avril à Istanbul, donc il y a du soleil, il fait beau et chaud). Je me suis donc quelque peu habituée à ce genre de réactions mais cette toute première reste pour moi la plus inoubliable; non seulement parce qu’elle fut la première, mais aussi parce qu’elle m’arriva avant que j’aie pu mettre le pied sur le trottoir, avant-même d’avoir pu évaluer par moi-même si je faisais bien les choses, d’affirmer si je méritais d’être la maman de mon enfant (les premiers temps de la maternité les mamans sont tout de même fragiles).

Ainsi, je n’avais pas bien pris la remarque et m’étais permis de répliquer: “Nous sommes les parents, nous sommes deux ici et nous n’avons pas besoin de conseils, merci!”
Tout le monde n’est pas aussi grossier (?) que moi: Une amie m’a expliqué qu’elle adorait cette perspective de “traiter chaque enfant comme le sien”. Ce qui nous ramène au fameux proverbe “Pour qu’un enfant grandisse, il faut tout un village”. Qui est si vrai…
Toujours est-il que je n’aime pas qu’on se mêle de ma relation avec mes petits enfants.

La tendance à couvrir le bébé par un geste automatique existe aussi en Chine et dans certains autres pays. Malheureusement elle est loin d’être au service de la santé de l’enfant: Nombreux sont les cas de prise de froid allant jusqu’a la pneumonie dues au surchauffement, l’acné chez les bébés dû à la transpiration et le manque d’endurance face au froid chez les adultes qui ont grandi étant trop protégés.

Le phénomène n’entrave pas seulement la santé physique mais aussi la relation parent-enfant! En tant qu’animatrice des ateliers “Parler pour que les enfants écoutent”, je peux dire qu’un des plus grands sujets de dispute entre la maman turque et son enfant est le dialogue suivant:

– Mets ton pull

– Je n’ai pas froid

– Tu dois mettre ton pull!

– Mais je n’ai pas froid!

– Tu ne sens pas que tu as froid, mais tu as froid, donne-moi ton bras!

Le geste de couvrir l’enfant semble avoir un effet psychologique extrêmement important pour la mère (c’est effectivement un sujet qui concerne exclusivement la mère et non le père), comme si elle affectait son inconscient: En couvrant “mieux” et “encore mieux” son enfant, elle s’imagine peut-être pouvoir le protéger contre toute sorte de danger externe: Chauffeurs négligents, kidnappeurs, bombe nucléaire…

Le monde n’est plus ce qu’il est. Heureusement qu’il a son gilet!

Gülüş Türkmen

Yazar, müzisyen, iletişim danışmanı.
www.gulusturkmen.com

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